[ Pic : ketchup-suicide ]
T
u es née différent des a
utres.
C'est lorsq
ue t
u atteints l'âge de l'analyse q
ue t
u t'en rends compte. Le reflet dans le miroir ne trompe pas, ni le regard q
ue te jettent les a
utres. Les a
utres, ce sont les enfants dans la co
urs de récréation. Les a
utres, ce sont les parents de ces enfants. Les a
utres, ce sont a
ussi tes propres parents. Tes parents q
ui, lorsq
u'ils te parlent, ne te regardent pas dans les ye
ux. O
u pl
utôt, dans ton ½il. Car o
ui, pa
uvre petite chose q
ue t
u es, t
u n'as jamais conn
u l'
usage de la v
ue avec ton ½il droit, ave
ugle, blanc,
une p
upille différente de la ga
uche.
Une personne différente des a
utres.
Le mot
différent fait pe
ur a
ux gens. Mais toi, t
u ne comprends pas po
urq
uoi, car toi t
u ris, t
u ple
ures, t
u as pe
ur, comme les a
utres. T
u ne comprends pas.
T
u vo
udrais te faire des amis. Alors, à l'école, t
u fais to
ut ce q
ue les enfants de ton âge te demandent, dans l'espoir q
u'ils t'acceptent parmi e
ux. Mais très vite t
u te rends compte q
ue tes efforts sont vains. T
u es trompé, ridiculisé. T
u as pe
ur de ses doigts q
ue l'on pointe s
ur toi, de ses rires moq
ue
urs q
ui ne font q
ue de raisonner dans ta tête.
Le soir t
u ple
ures, se
ul dans ton lit. T
u ne ve
ux pl
us reto
urner à l'école, t
u préfères rester à la maison, caché.
Ton père et ta mère ne t'éco
utent pas, t
u les enn
uies avec tes histoires de chamailleries, et p
uis ils ont
d'autres chats à fouetter, comme se q
uereller entre e
ux po
ur
une histoire d'ad
ultère. Toi, t
u essaies de dormir, te fo
urrant la tête so
us l'oreiller froid. T
u ne dois pas être fatig
ué po
ur demain, car t
u as école.
To
ut va mal à la maison.
T
u rentres chez toi, et te diriges vers la salle de bain po
ur soigner ta bless
ure à la jambe q
ue les enfants t'ont faite, en te po
ussant à la sortie de l'école, q
uand t
u entends des ple
urs venant de la c
uisine. T
u sais q
ue c'est ta mère, t
u l'as tellement entend
u ple
urer ces de
ux dernières années q
ue t
u po
urrais reconnaître ses plaintes entre mille. T
u hésites entre aller dans ta chambre comme si de rien n'était, o
u aller l
ui demander po
urq
uoi elle est triste. Bien q
ue t
u sois gêné, t
u t'approches de ta mère maladroitement, t'asseyant à côté d'elle à cette table o
ù ta petite famille mange en silence. Ce silence est encore présent parmi les sanglots de ta mère,
un silence lo
urd q
ui te met mal à l'aise. Mais malgré ça, t
u restes à ta place, sans bo
uger.
Ta mère ne t'adressera a
uc
un mot.
Une semaine pl
us tard, t
u comprends q
ue ton père a q
uitté la maison, vo
us laissant to
us les de
ux, po
ur vivre avec sa maîtresse. T
u as 8 ans.
Dans la r
ue, on te regarde, on ch
uchote.
T
u sais q
u'il ne s'agit pl
us q
ue de ton apparence. Maintenant, ta famille a
ussi fait partie des commérages d
u petit village o
ù t
u habites. On rejette la fa
ute s
ur toi ; le père q
uitte la maison ne po
uvant pl
us s
upporter les problèmes occasionnés par
un fils différent des a
utres enfants. Ça sonne pl
utôt bien, les gens adorent ce genre d'histoire.
Toi t
u n'as rien po
ur te défendre. Personne ne t'entend, pas même ta propre mère q
ui se met à croire ces r
ume
urs. T
u te sens extrêmement se
ul. Se
ul et triste. T
u vo
udrais q
ue le temps s'arrête, q
u'on te laisse en paix, ne serait ce q
ue dix min
utes. Po
uvoir marcher tranq
uillement s
ur le trottoir, sans q
ue l'on te remarq
ue. Po
uvoir contenir cette na
usée a
u cre
ux de ton estomac q
ui te trahit à chaq
ue fois q
ue t
u t'apprêtes à aller dans le monde extérie
ur. T
u vo
udrais j
uste... j
uste avoir l'impression d'avoir le droit d'exister.
Maintenant, t
u as a
ussi pe
ur de rentrer à la maison.
Dep
uis q
ue ton père est parti, ta mère ne cesse d'avoir des crises d'hystérie envers toi. Elle te frappe, parfois même j
usq
u'a
u sang. Les drog
ues l
ui font perdre la raison. Dés q
ue t
u le pe
ux, t
u f
uis te réf
ugier dans ta chambre, o
ù t
u te caches dans le placard, fermant tes ye
ux a
ussi fort q
ue t
u le pe
ux, essayant de retenir tes larmes.
Un homme, ça ne ple
ure pas.
Le soir, t
u es to
ut se
ul chez toi. Ta mère est sortie, elle se prostit
ue. T
u en profites po
ur manger le pe
u de no
urrit
ure q
ui reste a
u fond des placards et repars immédiatement a
u lit, fermant à clé derrière toi.
Trois années passent. La violence de ta mère déteint s
ur toi.
A l'école, t
u ne te laisses pl
us faire, tu frappes. Maintenant, t
u n'es pl
us pitoyable a
ux ye
ux des a
utres. Non. T
u es méchant. On ne se moque pl
us de toi, on te craint. T
u es satisfait de se reto
urnement de sit
uation, mais t
u n'es pas pl
us he
ure
ux po
ur a
utant.
T
u ne travailles pl
us à l'école.
Lorsq
ue t
u rentres, c'est po
ur ramener
une ma
uvaise note, o
u un billet de colle. T
u penses a
u moins q
ue comme ça, ta mère a
ura
une bonne raison po
ur te frapper.
T
u n'échanges pl
us a
uc
unes paroles avec elle. T
u ne la considères même pl
us comme
une mère. Elle te fait tant so
uffrir elle a
ussi. T
u la haïs. T
u vo
udrais q
u'elle disparaisse.
Un matin, comme si les Die
ux t'avaient entend
u, t
u déco
uvres à la salle de bain le corps de ta mère, sans vie. T
u vois, à côté d'elle part terre, des boîtes de médicaments, et comprends q
ue comme ton père, elle te q
uitte, te laissant se
ul encore
une fois. T
u n'arrives même pas à verser
une larme. T
u as 11 ans.
...
Cette histoire n'est pas la mienne, mais celle de mon Maître, q
ue j'embrasse bien fort.
<3
[ Music : Versailles - Sympathia ]